Be Nice

Je ne sais même pas quels mots je vais utiliser pour décrire ce que je ressens. Je crois que rien n’est à la hauteur de cette horreur qui perdure et qui s’empire au fil des mois.

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C’est dur de mettre à plat tout ça, mais je sais qu’à chaque fois j’en ai besoin, parce que ma peur, ma colère, ma haine, mon incompréhension doivent s’exprimer d’une manière ou d’une autre, sinon je ne fais que penser à ça toute la journée, et ça me bloque. Je voulais déjà écrire sur Christina Grimmie, parce que je l’adorais, je voulais écrire sur Orlando, mais là, je ne peux juste plus.

J’étais chez ma meilleure amie, le 14 juillet, à Lyon, quand j’ai appris qu’il y avait un attentat. J’avais le coeur lourd, je commençais à voir sur Twitter des avis de recherches se multiplier, des alertes de journaux qui relayaient l’information en direct. Un camion de 15 mètres qui fonce sur une foule… Encore une fois : un film d’horreur. Les témoignages glaçants, et le journalisme, si on peut appeler ça comme ça, juste dégoûtant… Ce n’était pas du journalisme. C’était dégueulasse, c’était à vomir, c’était du voyeurisme, et je trouve ça sale, écœurant, je trouve que c’est pire que tout, je n’ai aucune parole pour exprimer ce dégoût. À quel moment tout être humain censé se permet d’interroger un homme à peine devenu veuf qui plus est à côté du cadavre de sa femme ? À quel moment en étant sur un lieu où règne une atmosphère de désespoir, carrément de détresse, d’horreur, on peut se contenter de filmer et de diffuser ça ? Est-ce que la photo du Bataclan qui a tourné sur les réseaux sociaux n’a pas servi de leçon ? Qui plus est, les défunts ne sont pas “que” des victimes de cet attentat. Ce sont des humains, des personnes qui font partis d’une famille. Pas des bêtes de foires. Un attentat est déjà bien assez lourds en lot d’émotions, et les journalistes ont juste encore plus sali tout ça.

Je me suis couchée le coeur lourd et des images terribles plein la tête, j’arrêtais pas de penser à ces familles détruites, ces enfants tués, ces personnes qui allaient passer un moment ensemble un soir du 14 juillet, fête nationale, fête de la France. Puis encore une fois je me suis demandée pourquoi… Encore une fois j’ai essayé de comprendre l’incompréhensible. Je ne sais pas vraiment si c’est réellement Daesh qui a commis cet attentat, ils l’ont revendiqué des heures après. De toute façon, qu’est-ce qu’ils ne revendiquent pas ? Comment revendiquer la mort, comment revendiquer des meurtres, comment revendiquer le fait de tuer des personnes, comment revendiquer des familles brisées à jamais, des parents meurtris pour toujours, qui pour certains penseront sûrement juste à mourir pour le reste de leur vie ? Je suis en colère, je suis triste, je suis révoltée, et je me sens surtout impuissante. Tellement impuissante.

Le fait est là : on a tué des gens parce qu’ils vivaient, voilà, parce qu’ils étaient heureux, parce qu’en France nous sommes libres, pour faire la fête. Point barre.

J’en ai raz le bol, j’en ai putain de marre, parce que plusieurs pays vivent ça tous les jours et ça me rend malade. Comment peut-on vivre aujourd’hui, en espérant chaque jour de ne pas être au mauvais endroit au mauvais moment ? Parce que c’est ce qui résume à peu près ma vie. Même si on dit qu’on dit qu’on a pas peur, bien sûr que si on a peur, la différence c’est qu’on va pas rester cloîtrés chez soi : on va continuer à vivre, à rire, aller voir des concerts, des feux d’artifices, à fêter notre 14 juillet en faisant défiler nos militaires, à boire des verres en terrasse, à aller à l’école, faire des études, écrire, s’exprimer, danser, chanter, on va continuer tout ça. Certains vivront toujours comme d’habitude tandis que certains essayeront, peut-être en jetant un coup d’œil en rentrant dans une salle pour voir où sont les portes, ou en essayant de cacher sa surprise quand on entend un pétard péter pas loin.

Et à coté de ça, je tiens vraiment à rappeler que des tas de pays vivent ça chaque jour, CHAQUE JOUR, est-ce qu’on peut vraiment les blâmer d’aller ailleurs, hein ? Comment on peut refuser son territoire à quelqu’un qui fuit des attentats chaque jour et qui rêve d’un monde meilleur ?

Ils se sont attaqués à l’innocence, l’insouciance, et aujourd’hui à l’enfance. Ils s’attaquent à notre liberté et c’est dur de l’accepter, mais on ne comprendra juste jamais. Comment voulez-vous comprendre l’injustice, la barbarie, la joie après avoir fait des centaines de morts. Je me rappelle encore de l’espace de discussion qu’une de mes profs avait fait. J’avais envie de dire pleins de choses, de parler, parler, parler, et j’ai juste pu dire que c’était terrible, et elle a juste su me répondre que oui, ça l’était. Que ça l’était et qu’on allait devoir se préparer à ce que ça frappe encore, encore, et encore, et que c’est impossible d’être prêt face à l’imprévu, à tout ça. Tout ce truc là, tout ce truc de terrorisme.

Je suis dégoûtée parce que je me revois au collège entrain d’étudier les deux guerres mondiales, et les vidéos, photos de ces camps m’ont traumatisé mais qu’est-ce qui va rester à ceux qui arrivent ? Quelle histoire va être enseignée ? Comment doit-on vivre, de toute manière, à part continuer de faire comme d’habitude ?

Et je pense à ces musulmans, qui eux vivent et pratiquent leur religion dans la plus grande des sagesses, je les vois eux aussi attaqués, et je voudrais leur dire que la plupart des gens savent bien évidemment que ces terroristes ne sont pas de musulmans, bien sûr que non. Une religion c’est basée sur la solidarité, sur l’amour plus particulièrement et n’est pas censée être synonyme de guerre. Quelle horreur, quelle horreur, de tuer des gens au nom de ça.

Je ne suis personne, ni Charlie, ni rien du tout, je suis le Monde entier et je suis épuisée, exténuée, désolée que l’humanité puisse vivre des choses aussi noires. Par contre, je serai toujours là, à boire mon perrier-citron au bar où je vais tout le temps avec mes amies, j’attends toujours avec hâte le prochain concert de mon groupe préféré, je vais continuer mes promenades avec ma nièce dans la rue et dans des parcs, et je vais continuer d’aller à ces rassemblements parce qu’il n’y a rien de plus fort que l’union.



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